Partager l'article ! 11 juillet: Aujourd'hui, notre programme est un peu "décousu", mais essentiellement consacré aux visites d'expositions. MATINEE ...
Ses clichés, remarquablement cadrés, éclairés et composés, rendent compte d'un univers poétique personnel, narratif (chaque image raconte une histoire). Si l'homme est
totalement absent de ses clichés, c'est l'humain qui demeure le sujet permanent de ses images : absence, mort, disparition... tout nous ramène à l'essentiel. Ses images sont rares, elles sont
belles.
Oiseaux morts sur le sol d'une pièce au
papier peint saturé, vitre brisée qui laisse transperser un ciel brumeux, cheval aux naseaux humant le bois d'une porte à demi brisée... ce monde est le nôtre, fragile et incertain. Un livre chez
Phaidon (cadeau de Noël si l'on se réfère au prix, il n'en demeure pas moins incontournable quant à la qualité des reproductions).
Lien vers le site Internet de Richards : link
Ce bâtiment est dévolu aux présentations de photographes concourant pour la promotion 2009. Nous avons retenu pour vous ceux qui nous paraissent les plus
intéressants.
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Bien que les deux visages soient déclinés dans deux tranches d’âges a priori repérables, ils
sont aussi chaque fois différents. Les distinctions ont partie liée aux variations d’éclairage, aux couleurs, au moment de la journée, au choix du noir et blanc et/ou de la couleur (alternant
sans logique et créant, par cette absence de choix apparent, des distorsions temporelles), aux différents photographes (si nous supposons qu’il s’agit de portraits et non d’autoportraits, rien de
certain). L’environnement qui nous permettrait de situer les sujets dans l’espace et le temps, est peu présent dans le champ. Incertain encore, le lien de filiation entre les doubles portraits
(s’agit-il finalement de la même personne ? d’une sœur ou nièce, d’une jumelle, d’un jumeau ? Nous supposons qu’il existe un lien de parenté dont la nature reste équivoque.
Le doute persiste lorsqu’à l’issue de la première archéologie du regard, nous rejouons la
scène de la visite en quête de sens - logique, raisons, narration, fabulation…- à la mise en espace de ces doubles portraits.
Nous nous demandons encore si, finalement, toutes ces photos, espacées chronologiquement,
n’auraient pas été prises dans un laps de temps plus court que leur agencement ne le laisse paraître. La variation, due à un éclairage, une coupe de cheveux pourrait résulter d’opérations de
retouche. C’est ainsi que le regardeur égaré tente de se rassurer. Sinon pourquoi l’artiste montre-t-elle sans souci d’unité temporelle, sans fil conducteur repérable… ces visages du même
?
Les questions nous taraudent au delà de celles qui ont partie liée à l’identité, au genre, au double, notions que l’artiste
véhicule et interroge dans son oeuvre.
La question de l’existence du temps et/ou de sa relativité émergent alors et renforcent notre altérable individualité, contrainte de se construire
au passé, présent et futur, concepts inventés pour nous soustraire à d’inéluctables affres. Mais ici, le temps se brouille et se couvre ; nous sommes seuls face à ce va et vient d’un visage
juvénile à son double plus âgé. Le sens de lecture s’inverse parfois et ruine notre désir d’y voir plus clair. Nous avançons qu’il s’agit d’un double sans être certain de l’identité, du genre, de
l’âge et finalement de la réalité de l’existence de l’individu capté ici.
Le temps et sa
conceptualisation ainsi démasqués et révélés se muent, non plus en stabilisateurs mais en maîtres chanteurs, manipulateurs et joueurs. Accélérations, distorsions, ellipses, élasticité, ubiquité,
androgynie bredouillent dans une unité spatio-temporelle ou spatiale sans attache temporelle, sinon celle de l’instant au cours duquel nous regardons ces clichés. Le présent passé, présent
présent et présent à venir, s’effilochent, au point de nous faire douter finalement de ce à quoi nous sommes présents.
In fine, cette déroute si finement amorcée
par un choix de tirages et une mise en scène judicieux, nous renvoie à la manière dont nous construisons de a à z nos souvenirs, notre mémoire, grâce, entre autre chose, à la trace
photographique, aux commentaires énoncés autour et à propos des clichés conservés par les proches, les parents, les amis, clichés susceptibles de dé-former un réel vécu, de le re ou
ré-former, voire d’en substituer un autre avec lequel chacun pourra inventer et raconter sa vie.
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Eric Rondepierre, dont le travail n'est pas inconnu des plasticiens, expose une série utilisant des images de cinéma, mélant leur apparence à celles de nouveaux clichés. Comme
toujours dans son travail, l'interaction entre différentes disciplines demeure au coeur de sa démarche.
Ici, l'installation de René Burri dont on ne voit pratiquement rien... Ses images sont exposées dans le noir. Elles sont issues de prises de vues immédiatment réalisées après
le 11 septembre 2001. Burri a été surpris par l'absence subite de lumière, il tente de rendre compte de cette incroyable spécificité pour un photographe. Son exposition peut se visiter avec une
lampe de poche, prêtée à l'entrée. Cette expo n'a rien à voir avec le reste de ce chapitre, j'ignore pourquoi elle se retrouve ici !
Yang Yonglian crée des images très esthétisées, inventant des paysages qui renvoient à l'imagerie traditionnelle chinoise.
Composés d'un patchwork de grattes-ciel aux couleurs acidulées ou en noir et
blanc, de tours électriques, d'autouroutes et de ponts, ses oeuvres parlent autant de la modernité que
du passé.
Laurent Millet perce de nombreux trous à la surface des tirages, créant ainsi une image dans l'image qui apparaît au moyen d'une source lumineuse interne
au dispositif. L'apparition alternée de la lumière rend très difficile la prise de vue... Aussi
Françoise a-t-elle eu la lumineuse idée de faire un petit film.
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Samedi matin, rencontre avec le photographe portugais Paulo Nosolino.
Ecorché vif, il confie avoir vécu des déchirements et épreuves personnelles sombres. Désabusé par la photographie actuelle où il ne ressent que très rarement un engagement sincère et personnel du photographe, il présente un choix drastique de 32 photographies en noir et blanc (plus ou moins anciennes) exposées sur une cimaise, à l'horizontal. Volonté de petits formats afin d'obliger le spectateur à entrer dans l'image, espacement de 1,5 cm entre chacune, afin de percevoir l'image précédente et à venir et faire ressentir une narration proche du cinéma, Nosolino nous plonge dans son univers intemporel et ténébreux. Pour lui, son travail se révèle dans les tirages argentiques exposés et les livres, non dans des formes plus "réductrices" comme le diaporama présenté à Arles (pourtant dégageant une atmosphère extrêmement puissante et dramatique) et qui, selon lui, ne reflète pas son véritable travail et engagement...
" Je peux prendre n'importe quelle photo, c'est moi qui change ensuite ce que je vois de ce que je ressens"
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Des mises en scène très travaillées mais aussi de superbes compositions pour répondre à des commandes officielles. Parmi ces images, une très belle série commandée par
les actionnaires du Tunnel sous la Manche en hommage aux ouvriers qui l'ont creusé.
Après cette visite stimulante et joyeuse, nous avons été relativement déçus par la projection des derniers clichés de Martin Parr : aucune surprise, des personnages déplaisants
photographiés à la manière de la moins bonne presse "people", bref... ce n'est pas de cette projection que nous garderons le meilleur souvenir !
Les thématiques qu’elle développe, notamment au Cambodge, « la faim et le mythe », « La construction d’un enfant », la rendent attentive à la notion d’intuition
dans l’instant. Elle en rend compte en pratiquant le flou qui traduit l’instant présent et le mouvement.L’exposition « Seul l’air », titre inspiré d’un poème de Pablo Neruda, propose des
clichés argentiques réalisés en Somalie, au Congo, à Cuba, au Brésil et à Madagascar avec 6x6, un 24x36 et un 6x12. Certains tirages initialement rectangulaires, ont été recadrés, pour répondre
à un souci d’homogénéité et pour éliminer ce qui viendrait parasiter l’intention initiale.
Une quarantaine de photos sont accrochées et espacées de quelques centimètres, ce qui induit
tentation et tentative narratives. Quelques triptyques constitués de formats rectangulaires viennent également rythmer et arrêter le regard, emporté dans une lecture plutôt
cinématographique..
L’absence de verre sur les tirages renforce la proximité
physique et fait naturellement émerger une picturalité, un grain qui induisent un lien à la peinture. La photographe avoue privilégier la matière, qu’elle affectionne dans la peinture et
qu’elle tente de transposer ou de traduire dans sa pratique photographique. Le flou a également partie liée avec cette volonté plasticienne. Au deuxième regard, le questionnement autour de ces
Afriques engendre une réflexion sur l’accrochage, lequel, par sa réalité et les choix qu’il implique, autorise l’artiste à porter attention à la manière dont elle va organiser la mise en
page de ses photographies au cœur du support livre (Edition Actes Sud).
Nous songeons au fameux effet Koulechov (principe
cinématographique qui donne toute son importance au montage et donc à l’ordre dans lequel les images sont montrées au spectateur. Ainsi l’image d’un même visage neutre ou inexpressif a priori pourra-être interprétée de diverses
manières si l’image positionnée avant et/ou après ce visage diffère ; le visage donnera ainsi l’illusion d’exprimer des expressions différentes). Le cinéaste russe Eisenstein a exploité ce
principe pour renforcer notamment la dimension dramatique et expressive dans « Le Cuirassé Potemkine ».
Forts de ces remarques, nous jouons avec l’artiste et saisissons, dans un commun élan, la liberté d’interpréter et de sur-interpréter à l’envi son montage. Nul diktat donc, mais
une rencontre, avec une artiste dont la vie forte et erratique, a su croiser nos âmes engourdies, errantes et suspendues, mais toujours avides de se raconter, via le médium présent. « La
narrativité s’est développée en notre espèce comme technique de survie » suggère Nancy Houston dans son dernier essai « L’espèce fabulatrice ». Elle n’a peut-être pas
tort.