Samedi 11 juillet 2009 6 11 /07 /Juil /2009 22:39
Aujourd'hui, notre programme est un peu "décousu", mais essentiellement consacré aux visites d'expositions.

MATINEE

Ce matin, nous avons découvert la rétrospective On a pas tous les jours vingt ans, consacrée aux quarante ans des Rencontres. Christian Caujolle nous a décrit les conditions dans lesquelles cette rétrospective a été réalisée et nous a présenté l'exposition avec beaucoup de simplicité.
Il se dégage de cet ensemble une atmosphère nostalgique car il semble qu'aujourd'hui les photographes n'aient plus accès à la même convivialité qu'il y a quelques années... De nombreuses images témoignent de luttes (féminisme, pacifisme, antimilitarisme... ) dont les photographes actuels se soucient nettement moins. La photographie a énormément évolué ces dernières années, le basculement vers la "photographie plasticienne" ayant quelque peu fait oublier les enjeux sociaux et les problématiques idéologiques des années 1970 - 1980. Il faut s'adapter à cette nouvelle donne sans laisser de côté la particularité indéniable de la photographie de rendre colmpte du "ça a été"...
Cette rétrospective, de manière très lisible, présente des reproductions de photographies (aucun tirage vintage ni reproduction photographique) sous forme imprimée en noir et blanc, dont certaines sont inédites. La chronologie permet de suivre - avec bonheur - l'expansion des Rencontres qui, d'un festval marginal à une des plus grandes manifestations du monde, ont présenté un panorama global de l'image du vingtième siècle.
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Nous avons profité de notre présence aux Ateliers pour visiter les expositions des bâtiments voisins. La révélation de l'an passé a été indiscutablement Pierre GONNORD, cette année, nous sommes nombreux a reconnaitre unanimement de nombreusses qualités plastiques et sémantiques à Eugene RICHARD qui surplombe cette sélection. Ses clichés, remarquablement cadrés, éclairés et composés, rendent compte d'un univers poétique personnel, narratif (chaque image raconte une histoire). Si l'homme est totalement absent de ses clichés, c'est l'humain qui demeure le sujet permanent de ses images : absence, mort, disparition... tout nous ramène à l'essentiel. Ses images sont rares, elles sont belles.
Il est difficile de décrire ces images, elles sont nombreuses et l'ensemble est hétérogène... Ce sont des clichés pris dans des lieux désertés de l'Amérique profonde, loin des stéréotypes de la misère, de la marginalité, de la drogue et de tous les artifices que l'on retrouve par ailleurs dans une sélection qui, cette année, suit bien entendu les impératifs de la mode et des inflexions de l'invitée... Nan Goldin est certes une des plus grandes photographes actuelles, sa pratiques est indéniablement l'une des plus fortes artistiquement, elle n'en demeure pas moins marquée du sceau d'une certaine contemporanéité dont les effets côtoient souvent la complaisance. Ici, nous sommes à des lieux de cette systématisation : ces images où tout est travaillé donnent l'illusion d'un réel capté par inadvertance. Jamais un homme n'est présent mais, comme chez Chardin, on sent qu'il n'est pas loin.
Oiseaux morts sur le sol d'une pièce au papier peint saturé, vitre brisée qui laisse transperser un ciel brumeux, cheval aux naseaux humant le bois d'une porte à demi brisée... ce monde est le nôtre, fragile et incertain. Un livre chez Phaidon (cadeau de Noël si l'on se réfère au prix, il n'en demeure pas moins incontournable quant à la qualité des reproductions).

Lien vers le site Internet de Richards : link
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PRIX DECOUVERTE 2009
 
Après cette révélation qui, à notre avis, restera longtemps gravée dans certaines mémoires, nous avons visité la halle consacrée au Prix Découverte 2009. Ce bâtiment est dévolu aux présentations de photographes concourant pour la promotion 2009. Nous avons retenu pour vous ceux qui nous paraissent les plus intéressants.
Les photos de Moira Ricci ne laissent pas immédiatement paraître leur intérêt. Ce n'est qu'après un regard approfondi que l'on perçoit sa démarche. Dans d'anciens documents familiaux, elle a ajouté son portrait (montage infographique), donnant une trame nostalgique à l'image de l'absence : la mort de sa mère a laissé un vide qu'elle tente de combler...
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MOIRA RICCI PAR FRANCOISE HELLARD

Qui n'a pas rêvé de revenir dans le passé ? D'être de nouveau présent et proche de ceux qu'on a aimés ?
La retouche numérique, finement maîtrisée par Moira Ricci, nous fait entrer dans une quatrième dimension crédible et troublante où la photographie est le médium d'une mémoire désirée et inventée et l'image produite la preuve fictive d'un désir concrétisé.
La démarche de Ricci m'a fait penser à celle d'une photographe norvégienne, Vibeke Tandberg, dans sa série Living Together de 1996 où elle s'invente une histoire familiale dans un album où elle se met en scène avec son double (soeur jumelle) qu'elle crée par insersion numérique.
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RONI HORN PAR JANE PLANSON


Roni Horn, A.K.A,

Les ateliers
Arles 2009
Sans questionner plus avant A.k.a (as know as), titre de l’exposition de Roni Horn, photographe américaine, nous pénétrons, sans filet théorique, un espace lumineux et quasi désert.
La disposition de ces doubles portraits autorise à penser qu’il s’agit apparemment du même individu photographié à des époques différentes.
Bien que les deux visages soient déclinés dans deux tranches d’âges a priori repérables, ils sont aussi chaque fois différents. Les distinctions ont partie liée aux variations d’éclairage, aux couleurs, au moment de la journée, au choix du noir et blanc et/ou de la couleur (alternant sans logique et créant, par cette absence de choix apparent, des distorsions temporelles), aux différents photographes (si nous supposons qu’il s’agit de portraits et non d’autoportraits, rien de certain). L’environnement qui nous permettrait de situer les sujets dans l’espace et le temps, est peu présent dans le champ. Incertain encore, le lien de filiation entre les doubles portraits (s’agit-il finalement de la même personne ? d’une sœur ou nièce, d’une jumelle, d’un jumeau ? Nous supposons qu’il existe un lien de parenté dont la nature reste équivoque.
Le doute persiste lorsqu’à l’issue de la première archéologie du regard, nous rejouons la scène de la visite en quête de sens - logique, raisons, narration, fabulation…- à la mise en espace de ces doubles portraits.
Vainement. Le regard pensant est mis à mal dans sa captation de la figure de l’autre, chargée d’ambiguïté, d’ambivalence et d’ubiquité. Fascinante altérité.
Nous nous demandons encore si, finalement, toutes ces photos, espacées chronologiquement, n’auraient pas été prises dans un laps de temps plus court que leur agencement ne le laisse paraître. La variation, due à un éclairage, une coupe de cheveux pourrait résulter d’opérations de retouche. C’est ainsi que le regardeur égaré tente de se rassurer. Sinon pourquoi l’artiste montre-t-elle sans souci d’unité temporelle, sans fil conducteur repérable… ces visages du même ?
Les questions nous taraudent au delà de celles qui ont partie liée à l’identité, au genre, au double, notions que l’artiste véhicule et interroge dans son oeuvre.
Autres motifs à ce trouble invoqués : nous regardons par le prisme de regards de photographes différents, Roni Horn et celui ou ceux qui ont capté ces visages extraits par l’artiste, à la fois photographe et sujet photographié. La question de l’existence du temps et/ou de sa relativité émergent alors et renforcent notre altérable individualité, contrainte de se construire au passé, présent et futur, concepts inventés pour nous soustraire à d’inéluctables affres. Mais ici, le temps se brouille et se couvre ; nous sommes seuls face à ce va et vient d’un visage juvénile à son double plus âgé. Le sens de lecture s’inverse parfois et ruine notre désir d’y voir plus clair. Nous avançons qu’il s’agit d’un double sans être certain de l’identité, du genre, de l’âge et finalement de la réalité de l’existence de l’individu capté ici. Le temps et sa conceptualisation ainsi démasqués et révélés se muent, non plus en stabilisateurs mais en maîtres chanteurs, manipulateurs et joueurs. Accélérations, distorsions, ellipses, élasticité, ubiquité, androgynie bredouillent dans une unité spatio-temporelle ou spatiale sans attache temporelle, sinon celle de l’instant au cours duquel nous regardons ces clichés. Le présent passé, présent présent et présent à venir, s’effilochent, au point de nous faire douter finalement de ce à quoi nous sommes présents. In fine, cette déroute si finement amorcée par un choix de tirages et une mise en scène judicieux, nous renvoie à la manière dont nous construisons de a à z nos souvenirs, notre mémoire, grâce, entre autre chose, à la trace photographique, aux commentaires  énoncés autour et à propos des clichés conservés par les proches, les parents, les amis, clichés susceptibles de dé-former un réel vécu, de le re ou ré-former, voire d’en substituer un autre avec lequel chacun pourra inventer et raconter sa vie.
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LEIGH LEDARE PAR VERONIQUE BAUDIN

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Adrian Missika photographie des sites en s'intéressant au vides, aux interstices qu'ils révèlent.
Eric Rondepierre, dont le travail n'est pas inconnu des plasticiens, expose une série utilisant des images de cinéma, mélant leur apparence à celles de nouveaux clichés. Comme toujours dans son travail, l'interaction entre différentes disciplines demeure au coeur de sa démarche.
Ici, l'installation de René Burri dont on ne voit pratiquement rien... Ses images sont exposées dans le noir. Elles sont issues de prises de vues immédiatment réalisées après le 11 septembre 2001. Burri a été surpris par l'absence subite de lumière, il tente de rendre compte de cette incroyable spécificité pour un photographe. Son exposition peut se visiter avec une lampe de poche, prêtée à l'entrée. Cette expo n'a rien à voir avec le reste de ce chapitre, j'ignore pourquoi elle se retrouve ici !
La mise en ligne des images est parfois très longue, ce qui explique cet aspect "décousu"...
Yang Yonglian crée des images très esthétisées, inventant des paysages qui renvoient à l'imagerie traditionnelle chinoise. Composés d'un patchwork de grattes-ciel aux couleurs acidulées ou en noir et blanc, de tours électriques, d'autouroutes et de ponts, ses oeuvres parlent autant de la modernité que du passé.

Olivier Metzger présente des images souvent éclairées à la lueur des phares. Dans la brume ou la nuit, l'instant semble arrêté définitivement et ce mouvement figé donne l'impression d'un "ça a été" virtuel.
Laurent Millet perce de nombreux trous à la surface des tirages, créant ainsi une image dans l'image qui apparaît au moyen d'une source lumineuse interne au dispositif. L'apparition alternée de la lumière rend très difficile la prise de vue... Aussi Françoise a-t-elle eu la lumineuse idée de faire un petit film.

Les tirages de Léon Herschritt, bien que très conventionnels, procurent toujours le même plaisir devant un portrait connu que l'on sent photographié avec affection.

Le tour de la halle dévolue au Prix Découverte 2009 se termine avec les grandes et belles natures mortes de Véronique Ellena. Picturales et relativement conventionnelles, elles n'en demeurent pas moins d'une grande efficacité. Un poulpe a particulièrement retenu notre attention...
Le lauréat du Prix Découverte des Rencontres d'Arles est Rimaldas VIKSRAITIS. Photographe lituanien, il témoigne de la situation dramatique de son pays, montrant froidement des images implacaples de la misère qui frappe les concitoyens de son village.
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PAULO NOSOLINO ET LISA ROSS PAR FRANCOISE HELLARD


Samedi matin, rencontre avec le photographe portugais Paulo Nosolino.

Ecorché vif, il confie avoir vécu des déchirements et épreuves personnelles sombres. Désabusé par la photographie actuelle où il ne ressent que très rarement un engagement sincère et personnel du photographe, il présente un choix drastique de 32 photographies en noir et blanc (plus ou moins anciennes) exposées sur une cimaise, à l'horizontal. Volonté de petits formats afin d'obliger le spectateur à entrer dans l'image, espacement de 1,5 cm entre chacune, afin de percevoir l'image précédente et à venir et faire ressentir une narration proche du cinéma, Nosolino nous plonge dans son univers intemporel et ténébreux. Pour lui, son travail se révèle dans les tirages argentiques exposés et les livres, non dans des formes plus "réductrices" comme le diaporama  présenté à Arles (pourtant dégageant une atmosphère extrêmement puissante et dramatique) et qui, selon lui, ne reflète pas son véritable travail et engagement...

" Je peux prendre n'importe quelle photo, c'est moi qui change ensuite ce que je vois de ce que je ressens"

Une invitée de Nan Goldin, Lisa Ross, présente des photographies et une vidéo de rituels sacrés du nord de la Chine, de l'ethnie des Ouïghours.
C'est l'ambiance particulière de cette installation qui surprend, (peut-être due à la lumière tombant des toitures des ateliers de la SNCF au moment de la visite). Totalement hors de notre culture, aux antipodes du travail et des choix de Goldin, nous est proposé un entracte zen, mystérieux et poétique...
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APRES-MIDI

Après le déjeuner, la navette nous a conduits aux Ateliers où nous avons découvert le travail dérountant de Brian GRIFFIN. L'exposition présente des tirages d'assez grand format en noir et blanc et en couleurs ainsi qu'une projection. Plusieurs séries sont dévoilées parmi lesquelles on peu aisément percevoir les traces de l'humour britannique.
Des mises en scène très travaillées mais aussi de superbes compositions pour répondre à des commandes officielles. Parmi ces images, une très belle série commandée par les actionnaires du Tunnel sous la Manche en hommage aux ouvriers qui l'ont creusé.
Une autre série intéressante, intitulée Le Peuple de l'eau, rassemble des portraits déroutants, déformés par les ondes du liquide.

Après cette visite stimulante et joyeuse, nous avons été relativement déçus par la projection des derniers clichés de Martin Parr : aucune surprise, des personnages déplaisants photographiés à la manière de la moins bonne presse "people", bref... ce n'est pas de cette projection que nous garderons le meilleur souvenir !

D'autres expositions nous attendent au centre-ville et nous allons commencer par celles de l'Archevêché. En dehors d'une exposition que nous avons trouvé malvenue, et sur laquelle je reviendrai ensuite, les clichés de Naoma HATAKEYAMA sont assez impressionnants : des maquettes d'architecture photographiées avec une profondeur de champ qui fait douter de ce que l'on voit...
Les clichés reproduits ci-dessous sont des photographies "nocturnes" de maquettes disposés sur des caissons lumieux créant une duplicité supplémentaire puisque la source de lumière interne à la maquette se confond avec celle du caisson.


Au dernier étage de l'archevêché, de plain-pied avec la terrasse ensoleillée, une exposition de photographies vintage (essentiellement des cartes postales) rassemble une collection de pendaisons d'esclaves au Etats-Unis. Sans aucune annonce préalable autre que celles proposées de façon très aimable par les gardiennes, le spectateur-chaland tombe donc pratiquement par hasard sur ces clichés épouvantables. Il nous a semblé que l'absence d'attention particulière ne peut que s'interpréter comme de la complaisance car ces images n'ont pas un statut anodin !


Laurence Leblanc par Jane Planson

Magasin électrique,
Parc des Ateliers
Exposition organisée par le Méjean


SEUL L'AIR
Laurence part généralement six semaines en mission. Ses derniers prétextes, L’Afrique, ou plutôt, les Afriques, la conduisent à développer une réflexion où l’imprégnation est la grande inspiratrice. Elle s’exerce d’abord sur l’individu, puis sur la terre qu’il foule, qui le nourrit, l’asservit, l’enivre et le tue parfois. Laurence Leblanc revendique, à sa manière, l’usage des sensations primitives, éprouvées par le sujet (ici photographe), décentré, isolé et comme recontextualisé dans un environnement étranger, parfois hostile, avec lequel il faut négocier, pour qu’il se laisse pénétrer. Simon Njami relève d’ailleurs à propos de son œuvre : « En acceptant la subjectivité de tout regard, on échappe à la tentation prométhéenne de restituer le réel. »
Les thématiques qu’elle développe, notamment au Cambodge, « la faim et le mythe », « La construction d’un enfant », la rendent attentive à la notion d’intuition dans l’instant. Elle en rend compte en pratiquant le flou qui traduit l’instant présent et le mouvement.L’exposition « Seul l’air », titre inspiré d’un poème de Pablo Neruda, propose des clichés argentiques réalisés en Somalie, au Congo, à Cuba, au Brésil et à Madagascar avec 6x6, un 24x36 et un 6x12. Certains tirages initialement rectangulaires, ont été recadrés, pour répondre à un souci d’homogénéité et pour éliminer ce qui viendrait parasiter l’intention initiale. Une quarantaine de photos sont accrochées et espacées de quelques centimètres, ce qui induit  tentation et tentative narratives. Quelques triptyques constitués de formats rectangulaires viennent également rythmer et arrêter le regard, emporté dans une lecture plutôt cinématographique.. L’absence de verre sur les tirages renforce la proximité physique et fait naturellement émerger une picturalité, un grain qui induisent un lien à la peinture. La photographe avoue privilégier la matière, qu’elle affectionne dans la peinture et qu’elle tente de transposer ou de traduire dans sa pratique photographique. Le flou a également partie liée avec cette volonté plasticienne. Au deuxième regard, le questionnement autour de ces Afriques engendre une réflexion sur  l’accrochage, lequel, par sa réalité et les choix qu’il implique, autorise l’artiste à porter attention à la manière dont elle va organiser la mise en page de ses photographies au cœur du support livre (Edition Actes Sud).
L’accrochage, ce 13 juillet fait débat : comment échapper à la tentation du récit et de la narrativité devant des photographies de même format, espacées seulement de quelques centimètres et dont la densité, la charge énigmatique, le choix du cadrage, la sensualité des sujets et de la lumière nous fascinent ?
Nous songeons au fameux effet Koulechov (principe cinématographique qui donne toute son importance au montage et donc à l’ordre dans lequel les images sont montrées au spectateur. Ainsi l’image d’un même visage neutre ou inexpressif a priori pourra-être interprétée de diverses manières si l’image positionnée avant et/ou après ce visage diffère ; le visage donnera ainsi l’illusion d’exprimer des expressions différentes). Le cinéaste russe Eisenstein a exploité ce principe pour renforcer notamment la dimension dramatique et expressive dans « Le Cuirassé Potemkine ». Forts de ces remarques, nous jouons avec l’artiste et saisissons, dans un commun élan, la liberté d’interpréter et de sur-interpréter à l’envi son montage. Nul diktat donc, mais une rencontre, avec une artiste dont la vie forte et erratique, a su croiser nos âmes engourdies, errantes et suspendues, mais toujours avides de se raconter, via le médium présent. « La narrativité  s’est  développée en notre espèce comme technique de survie » suggère Nancy Houston dans son dernier essai « L’espèce fabulatrice ». Elle n’a peut-être pas tort.

Jane Planson Août 2009

Par ARLEZIENNE II
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